À Noël, le nouveau cri du pape François pour les migrants

« Dans son homélie de la nuit de Noël, dimanche 24 décembre à Saint-Pierre, le pape François n’a pas craint de comparer le périple de Marie et Joseph vers Bethléem avec celui de ceux « contraints de quitter leur terre » vers une autre « qui ne les attendait pas, où il n’y avait pas de place pour eux ».

Le pape François lors de la messe de la nuit de Noël, dimanche soir 24 décembre en la basilique Saint-Pierre de Rome.

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Le pape François lors de la messe de la nuit de Noël, dimanche soir 24 décembre en la basilique Saint-Pierre de Rome. / Nicolas Senèze/La Croix

Au cœur de la nuit de Noël, c’est un nouvel appel en faveur de l’accueil des migrants que le pape François a lancé depuis la basilique Saint-Pierre de Rome, dimanche soir 24 décembre.

Revenant en effet une nouvelle fois, dans son homélie, sur le drame des migrants à travers le monde, il n’a pas craint, avec des mots jusqu’ici rarement employés par un pape dans un tel moment, de comparer le périple de Marie et Joseph vers Bethléem avec celui de tous ceux « contraints de quitter leur terre » vers une autre « qui ne les attendait pas, où il n’y avait pas de place pour eux ».

« Survivre aux Hérode de l’heure »

« Marie et Joseph se sont vus obligés de partir. Ils ont dû quitter leurs proches, leur maison, leur terre et se mettre en route », a commencé François pour qui « dans les pas de Joseph et de Marie, (…) nous voyons les traces de familles entières qui, aujourd’hui, se voient obligées de partir. Nous voyons les traces de millions de personnes qui ne choisissent pas de s’en aller mais qui sont obligées de se séparer de leurs proches, sont expulsées de leur terre. »

Des départs « dans beaucoup de cas chargés d’espérance et d’avenir », a reconnu le pape qui a aussi relevé « dans beaucoup d’autres », il « a un seul nom : la survie. Survivre aux Hérode de l’heure qui, pour imposer leur pouvoir et accroître leurs richesses, n’ont aucun problème à verser du sang innocent. »

« La tendresse révolutionnaire de Dieu »

Alors, soudain, dans la lumière rayonnante de la nef de Saint-Pierre, les lumières des villes d’Occident gonflées de consumérisme ont pris « l’obscurité » de Bethléem, « une ville qui n’a ni espace ni place pour l’étranger qui vient de loin, a-t-il relevé, l’obscurité d’une ville en plein mouvement et qui, dans ce cas, semblerait vouloir se construire en tournant le dos aux autres. »

Car c’est bien cette attitude de refus dans nos sociétés qui scandalise François et le pousse, une nouvelle fois à prononcer une de ces homélies où « s’allume la tendresse révolutionnaire de Dieu » et dans laquelle il assume le renversement provoqué par la nuit de Noël.

« Nouvelle créativité sociale »

« Marie et Joseph, pour qui il n’y avait pas de place, sont les premiers à embrasser. Celui qui vient nous donner à tous le document de citoyenneté, a-t-il rappelé. Celui qui, dans sa pauvreté et dans sa petitesse, dénonce et manifeste que le vrai pouvoir et la liberté authentique sont ceux qui honorent et secourent la fragilité du plus faible. »

Invitant alors « à reconnaître Dieu présent dans toutes les situations où nous le croyons absent, (…) dans l’hôte indiscret, bien des fois méconnaissable, qui marche par nos villes, dans nos quartiers, voyageant dans nos autobus, frappant à nos portes », François a exhorté « à une nouvelle créativité sociale ».

« Transformer la force de la peur en force de la charité »

« N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ », a-t-il lancé, citant expressément Jean-Paul II, et appelant à ne pas craindre « de faire l’expérience de nouvelles formes de relation dans lesquelles personne ne doit sentir qu’il n’a pas de place sur cette terre ».

Ce pape qui a plusieurs fois plaidé pour la « prudence » dans l’accueil des étrangers – c’est-à-dire à prendre la mesure de l’effort que chaque nation doit faire pour les migrants – prend en effet bien garde de ne pas la confondre avec la peur.

« Noël, c’est le temps pour transformer la force de la peur en force de la charité, en force pour une nouvelle créativité de la charité », a-t-il insisté, dimanche soir, sachant très bien que ses mots dérangent nombre de catholiques, qu’il cherche néanmoins à convaincre au-delà de leurs peurs.

« Protagonistes de l’hospitalité » de Dieu

Certes, François n’a cité aucun pays. Ni la Pologne, qui aurait pu être interpellée par le « N’ayez pas peur » plusieurs fois répété de Jean-Paul II, ni l’Italie en plein débat sur le droit du sol, ni même la France qui s’interroge sur le tri des migrants n’ont pu se sentir visées.

Dans cette homélie résolument « politique », c’est en effet tout un chacun qui était interpellé, pour « être des sentinelles pour beaucoup de personnes qui ont cédé sous le poids du désespoir qui naît du fait de trouver fermées de nombreuses portes » et devenir « protagonistes de l’hospitalité » de Dieu.

« Que ta tendresse réveille notre sensibilité »

« Petit Enfant de Bethléem, nous te demandons que tes pleurs nous réveillent de notre indifférence, ouvrent nos yeux devant celui qui souffre, a conclu le pape. Que ta tendresse réveille notre sensibilité et fasse que nous nous sentions invités à te reconnaître dans tous ceux qui arrivent dans nos villes, dans nos histoires, dans nos vies. Que ta tendresse révolutionnaire nous amène à nous sentir invités à prendre en charge l’espérance et la tendresse des nôtres. »

Car, toute politique qu’elle soit, la révolution à laquelle invite François est bien à faire d’abord en soi-même ».

Nicolas Senèze, à Rome

Source : À Noël, le nouveau cri du pape François pour les migrants


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