Fermons les ports, les aéroports, les frontières !

Il y a trop d’étrangers et d’immigrés chez nous. On nous le dit, ces gens-là sont un danger pour notre sécurité, notre économie et notre identité. Fermons donc les ports, les aéroports, les frontières et expulsons celles et ceux qui sont déjà là, même si on leur a octroyé la nationalité !

Soit, mais …

 Que va-t-il se passer, d’abord ?

Des pans entiers de nos économies occidentales, dans le secteur public comme dans le secteur privé, s’écrouleront faute de main d’œuvre et de cerveaux et resteront paralysés faute de nationaux prêts et formés à prendre les emplois laissés vacants par les expulsés (à moins qu’on les réquisitionne à cette fin…).

Il faudra donc accepter la rupture ou diminution d’un certain nombre de services publics, voir partir certains de nos meilleurs étudiants, renoncer aux vigiles à l’entrée des lieux qu’on aime fréquenter en toute sécurité (car on leur a tout de même confié cette mission) ainsi qu’aux services à la personne (car on leur donne nos enfants et nos anciens ainsi que nos soins), attendre (vainement) la construction de nouveaux logements et équipements et la fourniture de services élémentaires, chercher désespérément un restaurant ou un commerce alimentaire ouvert ou un office pour affermir notre foi chrétienne de plus en plus entretenue par certains de ces gens-là …

Avec des populations qui ne font pas suffisamment d’enfants pour se renouveler et la perte sèche d’actifs que causera cette expulsion en masse (car, on l’a vu, il y a des étrangers et des migrants qui travaillent légalement…), il faudra également abandonner l’espoir d’une retraite « digne » ou, en attendant celle-ci, travailler plus longtemps ou payer plus de cotisations (c’est selon, en s’en tenant aux recettes classiquement formulées par nos gouvernements).

Il y a donc un prix à payer.

Comment procéder, ensuite ?

Une bonne partie des migrations internationales qui touchent nos ports, nos aéroports et nos frontières est la résultante d’un ordonnancement militaro-économique du monde – le Mal’ordre – que nous avons établi à notre plus grand profit et que nous perpétuons avec de savants efforts afin d’assurer, pour quelque bref temps encore avant le basculement définitif de la richesse en faveur des Suds observé par l’OCDE, notre domination du monde. Or, c’est bien de celle-ci que dépend notre confort quotidien, fondé sur une distribution inégale des richesses ainsi que des modes de production et de circulation de celles-ci.

Pour vivre sans étrangers, la vraie solution est donc de changer cet ordre en se défaisant de toutes les règles et de tous les mécanismes que nous avons inventés et imposés pour rester compétitifs, sauver « nos emplois », trouver de la force de travail bon marché et des matières premières à vil prix ou encore obtenir des débouchés à la suraccumulation du capital qui nous aurait sinon étouffés mille fois.

Mais alors, nous ne pourrons plus rouler, manger, boire, jouer, nous divertir ou encore nous habiller comme bon nous semble pour deux francs, six sous ; il s’agira également de s’interdire de polluer et dérégler le climat. Il va falloir, en somme, se limiter dans notre consommation, dans nos loisirs, dans nos désirs si aisément accessibles et accepter que, tous les matins, en allant faire un métier qu’on nous aura imposé, après s’être occupés de nos gosses, de nos vieux et de nos plaies, les sociétés qui sont notre fierté, ne seront plus citées dans le bulletin quotidien de la bourse qui sera, lui, rempli de noms étrangers pour lesquels, nous travaillerons moyennant un salaire de misère et dans des conditions que l’on n’imagine même pas.

Il y a donc un prix à payer.

Et il m’est d’avis que ce prix, la disparition de notre mode de vie actuel, ne convienne pas aux huissiers qui veulent sceller nos portes. Cela, d’autant qu’on n’aura pas réussi à stopper les migrations qui ont d’autres causes et ne cesseront jamais, comme elles n’ont jamais cessé depuis l’apparition des être doués de mobilité, même avec des ports, aéroports et frontières fermés.

Jean Matringe, Professeur des Universités, Ecole de droit de la Sorbonne


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