Niger: la protection des droits de l’homme doit être au centre des politiques migratoires -rapporteur spécial sur les droits de l’homme des migrants

Un expert des droits de l’homme des Nations Unies a exhorté le Niger à placer les droits de l’homme au centre de ses politiques migratoires et a appelé les bailleurs de fonds internationaux, y compris l’Union Européenne, à fournir davantage d’assistance au Niger qui est un pays de transit majeur pour les migrants en Afrique.

Felipe González Morales, Rapporteur spécial sur les droits de l’homme des migrants, a déclaré qu’il était important que les autorités nigériennes adoptent une politique nationale globale en matière de migration qui tienne compte des droits de l’enfant, soit sensible au genre et fondée sur les droits de l’homme, et qui aille au-delà des considérations de sécurité.

Pendant des décennies, le Niger a été un pays d’origine, de transit et de destination sur la route migratoire transsaharienne. Au cours des dernières années, à la suite de lois, de politiques et d’accords migratoires adoptés par le Niger avec des tiers, le Niger est devenu une frontière méridionale virtuelle de l’Europe.

« J’appelle les bailleurs de fonds internationaux, y compris l’Union Européenne, à renforcer leur soutien au Niger dans la recentrage de sa stratégie de gestion des migrations, en renforçant les institutions et les capacités nationales afin de créer un cadre conforme aux droits de l’homme pour la gestion d’importants mouvements de migrants, en améliorant la surveillance indépendante des conditions des migrants en matière de droits de l’homme et en soutenant des projets de développement dans les communautés locales », a déclaré González Morales dans un communiqué à l’issue d’une visite de huit jours dans le pays.

« J’exhorte également l’Union Européenne et les autres pays de destination à partager leur responsabilité dans la gestion de la migration mondiale en encourageant des canaux de migration réguliers et sûrs et en augmentant les possibilités de réinstallation. »

González Morales a félicité le Niger pour sa générosité et sa solidarité envers les réfugiés, les demandeurs d’asile et les personnes migrantes en situation de vulnérabilité et victimes de multiples violations des droits de l’homme.

Il a cité les témoignages d’enfants non accompagnés, de femmes et d’hommes qui ont été victimes et témoins d’atrocités inimaginables – trafic, torture et mauvais traitements, arrestations et détentions arbitraires, violences sexuelles et viols, exploitation et esclavage – après avoir emprunté les routes migratoires du Soudan, du Tchad, de la Libye, et du Mali vers le Niger.

« Les atrocités qu’ils ont subies devraient choquer la conscience de l’humanité », a déclaré González Morales. « Malgré sa pauvreté, ses capacités limitées et ses préoccupations en matière de sécurité liées aux pays voisins, le Niger, en accueillant ces personnes ayant besoin de protection, donne l’exemple à d’autres pays et régions du monde où des discours et des pratiques anti-migratoires et racistes prennent le dessus. »

Il a appelé l’Algérie à mettre fin aux expulsions collectives de migrants nigériens et ouest-africains vers le Niger (plus de 12 000 et 5 000 cette année respectivement).  « Ces expulsions, qui sont effectuées sans aucune évaluation des risques individuels et sans garanties de procédure, sont illégales et doivent cesser immédiatement », a déclaré l’expert. Il a également appelé à la transparence et au devoir de rendre des comptes quant aux engagements adoptés par les autorités nigériennes et algériennes à ce sujet.

Le Rapporteur spécial a déploré les conditions dans lesquelles les migrants ouest-africains sont expulsés de l’Algérie vers le Niger. « J’ai entendu des témoignages de femmes, d’hommes et d’enfants migrants qui ont été arrachés de chez eux au milieu de la nuit, arrêtés et détenus arbitrairement, battus et maltraités, transportés dans des camions et laissés à 15 km de la frontière avec le Niger. Ces migrants sont contraints de marcher dans le désert, sans aucune aide de la part des autorités algériennes ou nigériennes, jusqu’au premier village nigérien situé à 20 km de la frontière. »

Le Rapporteur spécial a noté avec préoccupation que, en raison de ses capacités limitées, le Gouvernement nigérien a externalisé, à travers l’Organisation internationale pour les migrations, l’assistance fournie aux migrants d’Afrique de l’Ouest expulsés de l’Algérie, à condition que ces derniers souscrivent à un retour volontaire dans leur pays d’origine. « Le caractère volontaire de ces retours est discutable lorsque ces personnes migrantes ne bénéficient d’aucune autre assistance ou alternative au retour. De nombreux migrants m’ont fait part de leurs intentions de reprendre la route de la migration ».

Le Rapporteur spécial s’est déclaré préoccupé par la mise en œuvre de la loi de 2015 sur le trafic illicite de migrants, qui s’est traduite par une interdiction de facto des migrations vers le nord.

« En dépit de son objectif déclaré de prévention et de lutte contre le trafic illicite de migrants, la mise en œuvre de la loi a entraîné la criminalisation de la migration et les violations des droits de l’homme des migrants » a-t-il dit. « « Les politiques migratoires doivent faire des droits de l’homme une composante centrale, elles ne peuvent uniquement reposer sur des considérations de sécurité ».

« Alors que des comptes rendus et données officiels indiquent que la migration vers le nord a considérablement diminué, de nombreuses sources ont indiqué que les migrants avaient plutôt opté pour des routes plus dangereuses, plus longues et plus coûteuses », a-t-il conclu.

11 octobre 2018

Source : Niger: la protection des droits de l’homme doit être au centre des politiques migratoires, déclare un expert à la fin de sa mission


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